Vouloir la perfection ou rester soi-même ?

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Il y a plusieurs années maintenant, un manager m’a simplement demandé :

« Linda, qu’est-ce qui vous plait vraiment dans votre travail ? Plutôt, qu’est-ce que vous ne vous fait plus envie ? »

Figurez-vous que je ne m’étais jamais autorisée à me poser cette dernière question.

Mon sens de l’engagement et mon envie de toujours être parfaite en toute circonstance, me faisait dire que je devais accepter toutes les missions en niant mes émotions.

Mon intellect et ma croyance profonde étaient « si les autres en sont capables, je dois donc pouvoir le faire sans me plaindre. Je dois viser la perfection. »

Cette question a tout simplement été un déclic. J’ai accepté d’écouter ce que mon cœur me disait et ce que mon intellect me poussait à faire pour atteindre la perfection.

Et vous, vous êtes-vous arrêté dans votre activité pour vous poser cette question ? Vers où ce sens de la perfection peut parfois nous mener ?

La quête de la perfection

Cette quête de la perfection, qu’est-ce que c’est ?

Est-elle évaluée en fonction du regard de l’autre ? de notre propre perception ?

Qui fixe ces critères de la perfection ? Notre modèle éducatif, nos expériences de vie, notre environnement social ? Est-elle basée sur nos croyances ? nos valeurs ?

Nul ne peut nier sa teneur subjective. L’histoire est traversée par cette lecture subjective de la perfection. Il y a des générations, une femme parfaite était celle qui savait s’occuper de son foyer en s’attelant aux tâches du quotidien… Est-ce encore le cas ? La beauté parfaite n’est-elle pas une notion qui fait appel à des critères culturels ?  Il y a des millions d’exemples qui illustrent la subjectivité de la perfection, en lien avec une culture, un groupe, une époque…

La perfection renvoie tout de même à une perception du « bien ».

Pour MARX « le bien humain par excellence sans lequel on ne saurait parler de vie humainement accomplie, est le travail productif et la coopération sociale ». Le travail et le sens commun sont définies ainsi comme les valeurs qui vont nous porter par l’excellence vers un accomplissement. Atteindre l'excellence dans sa vie passerait donc par le travail. Cette vision fait partie de la tradition historique de notre société. Il ne s'agissait pas tant de s’accomplir mais davantage de faire sa part dans le système social. Aujourd’hui, il est davantage question de s’accomplir individuellement dans le travail, de se révéler et de s’épanouir. La notion d’épanouissement n’est que depuis peu reliée au travail. La vie humainement accomplie est davantage centrée sur un développement personnel que sur un rôle social, un développement personnel qui amènerait la personne à être parfaitement « bien » et « accomplie » dans sa vie.  

De plus, au sens lexical, la perfection renvoie à « la qualité, l’état de ce qui a atteint sa plénitude, de ce qui a été poursuivi jusqu’à son terme, de ce qui est parvenu à son achèvement » (CNRTL). Agir dans la perfection serait être dans une démarche de finalisation, et d’achèvement de l’existant et ainsi aller jusqu’au bout des choses avec une notion de qualité suprême (la plénitude).

Mais cette quête n’est-elle pas vaine, sans fin, toujours à tendre vers un objectif inatteignable ? Comment nous éviter de faire face à cette insatisfaction constante, au mépris d’une acceptation de nos qualités et surtout de nos limites ?

Accepter de vivre dans l'imperfection

Le quatrième accord de toltèques proclame ce message “Faites de votre mieux.”. Ces accords nous incitent à nous dégager des événements pour ne pas en faire une affaire personnelle, à nous tenir à une parole la plus juste possible, à nous astreindre à ne pas faire de suppositions, et finalement simplement à faire de notre mieux. Il s'agit ainsi d’agir selon ces principes tout en faisant de notre mieux.

 Mais qu’est-ce que cela pourrait signifier ?  Accepter d’être imparfait tout en écartant l’idée de “médiocrité” ? vers un objectif en acceptant le principe de base que celui-ci n’est pas atteignable” ?

Notre éducation scolaire a été conditionnée par l’atteinte d’un résultat, la fameuse note 20/20. Le système scolaire se centre-t-il davantage sur nos réalisations plutôt que sur nos échecs ? Il est certain qu’il nous incite à réapprendre ce que nous avons raté, corriger nos erreurs… Nous tentons ainsi de répondre à cette conformité sociale qui désigne le chemin correct pour atteindre l’excellence, le 20/20.

À mon sens, il est essentiel d’aller vers une recherche constante de l’excellence en ayant conscience de soi, de ses capacités, de son potentiel, en se laissant une certaine souplesse et en acceptant ses limites.

Le fait d’accepter d’être imparfait permet de prendre le risque d’oser, de faire des erreurs, et d’apprendre par nos expériences.

Retenons donc ces préceptes :

  • Prendre soin de son énergie, la déployer en étant vigilant à ne pas l’épuiser dans l’atteinte d’un objectif inatteignable. Agir contre soi / nous ne demande pas davantage d’énergie que d’agir dans notre sens.
  • Garder une bienveillance vis-à-vis de nous. Faire de son / notre mieux c’est aussi mettre de côté cette posture de jugement que nous pouvons avoir envers nous et se / nous protéger ainsi des sentiments de honte et de culpabilité.
  • Conserver la notion de plaisir dans ce que l’on fait. Agir parce que cela a une importance pour nous et non car nous attendons un retour de l’autre ou une récompense particulière.

 

 

Nous évoluons dans un environnement où la pression de la perfection est constante. Ne serait-ce que dans nos évaluations professionnelles : le système de notation tend à nous faire atteindre le niveau d’expert sur tous les sujets.

Et vous ? quelle place voulez-vous donner à la quête de la perfection dans votre vie ? Aller vers une connaissance de soi est l’une des manières d’agir pour s’accepter tel que l’on est.

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