Un tournant dans la stratégie ressources humaines de l’entreprise : l’heure de l’humanisme ?

À l’heure du COVID 19, à l’heure où nous avons des interrogations sur l’avenir économique, un autre questionnement se pose. Comment les entreprises vont s’adapter à ce nouveau contexte ? Au-delà des préoccupations indispensables de rentabilité, le regard de leurs salariés va également évoluer. Quel va être l’impact sur la stratégie de ressources humaines, et plus particulièrement sur la stratégie d’attractivité et de fidélisation des collaborateurs ? Après une telle épreuve humaine, sociale et économique, quel va être le positionnement de l’entreprise ? Ce que nous appelons l’humanisme, notion qui va au-delà de la bienveillance, va-t-il émerger à nouveau ?

Une nécessité d’adaptation aux évolutions de la société

Combien d’entre nous pensaient que notre société avait connu ses plus grands bouleversements ? Force est de constater que notre société est en constante évolution et que l’entreprise dans toute sa stratégie se doit de s’adapter pour rester rentable et attractive. L’Après-guerre, le Baby-boom, la mondialisation, les avancées technologiques, les changements climatiques…en peu de temps, ces bouleversements ont créé des ajustements dans les stratégies et les rapports au travail. Fut une époque où le travail n’était considéré que comme un pur labeur. Les générations X (nées de 1960 à 1980) avaient une relation d’attachement à leur « patron », et, fidèles à l’entreprise, ils agissaient dans le respect de la hiérarchie et des règles.   Les générations Y (nées de 1981 à 1995), quant à elle, leur motivation est plutôt centrée sur le plaisir et l’épanouissement. L’arrivée sur le marché du travail des générations Z (nées à partir de 1996) profondément liées aux nouvelles technologies dans leur usage constant et simultané, a également incité l’entreprise à s’adapter et à créer des politiques d’attractivité et de fidélisation. À l’heure où la rentabilité de l’entreprise sera ébranlée, comment continuer à attirer et/ou retenir des talents?

Face à ces différents constats, nous avons vu l’apparition dans l’entreprise du Chief Happiness officers, le diffuseur de bien-être dans l’entreprise, les méthodes de management participatif, mais également des politiques RSE.

Des choix stratégiques en discussion : RSE et bienveillance.

RSE ? Une politique de Responsabilité Sociétale et Environnementale qui va de concert avec les préoccupations des salariés d’aujourd’hui. II s’agit d’intégrer les préoccupations sociales, environnementales dans leurs activités : soutenir des fournisseurs locaux, renforcer l’égalité des chances et la diversité, participer financièrement, matériellement et/ou humainement à des associations humanitaires... Une manière de donner du sens et des valeurs à l’entreprise, des valeurs que l’on peut ensuite afficher.

 « Les 3 valeurs clés de notre entreprise sont performance, bienveillance et engagement ! » Combien d’entreprises affichent cette fameuse valeur de bienveillance ? Tant d’entreprises reprennent le terme « bienveillance » dans leur credo à tel point qu’il en devient galvaudé. La bienveillance comme « volonté permanente que chacun puisse se réaliser, que chacun puisse prendre des initiatives, que chacun puisse trouver une voie pour développer son potentiel et devenir soi. » (Olivier Truong, Paul-Marie Chavanne). En ayant une attitude bienveillante vis-à-vis de l’autre, nous nous intéressons à l’autre et nous privilégions le positif au négatif poussant ainsi au développement du potentiel. Est-ce qu’il n’est pas utopiste de penser que la bienveillance peut être une démarche constante en entreprise ? Une étude réalisée par LinkedIn* obtient, à la question "mon entreprise s'intéresse plus aux gens qu'aux résultats financiers", un résultat de 5 sur 10. En effet, la rentabilité, la dynamique concurrentielle, sont des éléments indispensables à la survie de l’entreprise. À cela, viennent s’ajouter les comportements humains tels que les enjeux de pouvoirs, le réseautage au sens favoritisme. Malgré ces circonstances, l’entreprise a le mérite de vouloir impulser cette démarche. Le message « Soyons bienveillants. » peut toucher certaines consciences mais selon le contexte il peut être utopiste, trop d’enjeux sont présents dans cet univers à dimension micro.

L’humanisme : prioriser l’humain, une obligation sociétale ?

Est-ce qu’une dimension davantage macro, une vision qui irait au-delà de notre périmètre visible permettrait d’induire cette bienveillance ? D’autant que dans le contexte actuel, ne faudrait-il pas porter sa considération davantage à l’humanité ?

Revenons sur cette notion d’humanisme. « L’humanisme est une éthique de confiance en la nature humaine. Orienté à la fois vers l’étude et la vie, il prescrit pour but et pour règle, à l’individu comme à la société, de tendre sans cesse vers une existence plus haute » (A.RENAUDET). Ainsi, le fondement de la vie et de la connaissance serait la nature humaine, la nature humaine dans son être interne mais aussi dans ses rapports sociaux. « L’homme serait la valeur suprême » (A. RENAUDET).

Est-ce que la situation actuelle ne démontre pas justement que l’économie n’est peut-être pas la valeur suprême ? Cela conforte les entreprises dans leur démarche d’induire des valeurs humaines dans leur organisation interne. Plus qu’une option ou qu’un choix stratégique, cela deviendra une nécessité. Historiquement, après l’épidémie du choléra en 1832 dans les villes de France, nous avons vu arriver la naissance de l’économie sociale et solidaire. Le capitalisme ne répondant plus au besoin de la société,  les principes de coopération, de mutualisme et de solidarité se sont intensifiés dans les courants de pensée. Prenons-nous aujourd’hui la même direction ?

L’exigence des salariés ne sera-t-elle pas de plus en plus intense ? Le temps de l’entreprise est celui de l’urgence, elle attend un retour sur investissement fructueux et rapide. Alors qu’avec des valeurs telles que l’humanisme, le rythme de l’humain est  un rythme où le temps est nécessaire.

Le confinement: le temps des interrogations

Pendant cette période de confinement pour certains et de continuité de service pour d’autres, nous avons le temps de faire le point, de nous interroger sur la direction que prend notre vie, et également de nous demander si cette direction va dans le sens de la stratégie de notre employeur.

Subvenir aux besoins matériels est une obligation, mais est-il possible de travailler autrement, dans un contexte de vie qui soit plus en accord avec le sens que l’on veut donner à sa vie ? Après avoir retrouvé pied économiquement parlant, l’enjeu de l’entreprise sera de répondre aux nouvelles attentes de ses Ressources Humaines, de son Potentiel Humain.

 

Linda FERT

Gaël Chatelain Berry, Etude sur le bien-être et la bienveillance en entreprise : les surprises ! [en ligne], Linkeldin, 29 mars 2017

Disponible : https://www.linkedin.com/pulse/etude-sur-le-bien-%C3%AAtre-et-la-bienveillance-en-ga%C3%ABl-chatelain/

Olivier TRUONG, Paul Marie Chavanne, La bienveillance en entreprise, utopie ou réalité ?, Eyrolles, 14 septembre 2017

A.RENAUDET, Texte « Humanisme », Dictionnaire des lettres françaises – XVIe siècle, sous la direction de Mgr Grente, Fayard, 1951

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